Schizophrenia/Angst 1983/Gerald Kargl
Sorti en 1983 dans une quasi-confidentialité, Angst appartient à cette catégorie rare de films qui survivent davantage par leur réputation souterraine que par leur succès initial. Réalisé par l’Autrichien Gerald Kargl, le long métrage suit un homme à peine libéré de prison qui replonge aussitôt dans une spirale meurtrière. Inspiré d’un fait divers réel, le film refuse les codes habituels du thriller pour adopter une approche froide, clinique et profondément dérangeante.
À l’époque, plusieurs pays européens le censurent ou l’interdisent, moins pour la quantité de violence montrée que pour la manière dont celle-ci est filmée. Angst ne cherche ni le spectaculaire ni le divertissement. La caméra épouse les mouvements du tueur avec une proximité oppressante, donnant au spectateur l’impression d’être enfermé dans son esprit. Cette immersion, renforcée par un monologue intérieur continu, crée un malaise rarement atteint dans le cinéma de genre des années 1980.
Le travail visuel reste aujourd’hui l’un des aspects les plus commentés du film. Les mouvements de caméra, extrêmement mobiles pour l’époque, anticipent des procédés que l’on retrouvera plus tard chez plusieurs réalisateurs du cinéma radical européen. L’influence d’Angst est régulièrement évoquée dans les discussions autour de réalisateurs comme Gaspar Noé ou Michael Haneke, notamment pour sa manière de filmer la violence sans distance morale rassurante.
La musique électronique de Klaus Schulze ajoute une dimension hypnotique au récit. Loin d’accompagner l’action de manière classique, elle installe une tension permanente, presque mécanique, qui accentue la sensation de dérive mentale.
Avec le temps, le film est devenu une œuvre culte du cinéma extrême. Longtemps difficile à voir en raison de la censure et de sa faible diffusion, il a été redécouvert grâce aux éditions restaurées et aux festivals spécialisés. Aujourd’hui encore, Angst conserve une réputation singulière : celle d’un film techniquement fascinant mais psychologiquement éprouvant, dont la violence tient moins au gore qu’à l’absence totale de confort laissé au spectateur.